ARC, Bien Gérer /22 12 04 /©

Comment bien utiliser notre enquête sur les prix horaires


Notre enquête sur les prix horaires s’est achevée. Celle-ci nous a apporté deux grandes séries d’enseignements :

  1. encore trop de syndics acceptent sans discuter des devis ou factures qui - au mépris des dispositions légales en vigueur concernant la réglementation des prix - ne donnent aucun détail (prix horaire, nombre d’heures ; prix unitaire des fournitures) ;
  2. néanmoins, quand on arrive à obtenir les prix horaires on est impressionné par les différences existant - non seulement au sein d’un même secteur, mais entre secteurs différents.

Les résultats auxquels nous parvenons avec cette enquête sont particulièrement intéressants et, surtout, peuvent donner des moyens très efficaces aux copropriétaires :

  1. pour mieux situer leurs prestataires sur l’échelle des prix ;
  2. pour aider à renégocier les tarifs dans la mesure ils ne seraient pas bien situés.

Au-delà cette enquête confirme un problème grave qui concerne les " ascensoristes ", corporation qui pratique des prix horaires anormalement élevés, ce qui est d’autant plus inquiétant que ce secteur bénéficient régulièrement de textes qui contraignent les usagers à faire des travaux obligatoires D’ici à penser qu’il y a corrélation entre prix anormalement élevé et obligation législative il n’y a qu’un pas.

Nous avons d’ailleurs décidé de saisir de ce problème la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, Consommation et Répression des Fraudes), tant le problème est préoccupant.

  1. Le questionnaire

  • Nous redonnons ci-dessous le texte (très simple) de notre questionnaire :

  • " Les prix horaires " de certains prestataires sont en train de s’envoler.

  • " De nombreux adhérents nous demandent donc des " références " pour pouvoir imposer des tarifs plus justes à leurs prestataires et donc faire baisser les prix.

  • " Pour répondre à cette question avec pertinence, nous souhaitons que vous, adhérents à l’ARC, puissiez nous aider. Comment ?

" Tout simplement en demandant à votre syndic les cinq ou six factures d’interventions récentes concernant votre copropriété puis, en remplissant le questionnaire ci-dessous et en nous le renvoyant à l’ARC :

VILLE :

 

PRIX HORAIRE HORS TAXE

PLOMBERIE

 

SERRURERIE

 

ÉLECTRICITE

 

CHAUFFAGE

 

ASCENSEUR

 

  • Cette enquête sera utile pour vous et pour nous :

  1. vous en profiterez pour vérifier que les sociétés qui interviennent chez vous indiquent BIEN leur prix horaire (ce qui est obligatoire) ;
  2. vous vous ferez déjà une idée des disparités qui existent chez vous ;
  3. vous nous aiderez à réaliser notre étude et ainsi, dans le prochain bulletin ou sur Internet, vous pourrez bénéficier des résultats obtenus.

Nous comptons donc sur vous.

A noter : si vous pouvez retrouver pour tel ou tel fournisseur une facture d’un ou deux ans, cela vous permettra AUSSI d’étudier les évolutions de leur prix. A priori, cela devrait être très intéressant ".

Tel était le texte du questionnaire.

    II. La répartition géographique des réponses :

Beaucoup d’adhérents nous ont écrit : " Nous nous apercevons à l’occasion de votre enquête que nous avons très rarement dans notre copropriété (ou jamais) des factures détaillées ; bien sûr nous allons demander au syndic d’y remédier. En attendant, nous ne pouvons pas satisfaire au questionnaire, ce dont nous sommes désolés ".

Comme nous l’avons déjà dit, le premier enseignement de cette enquête est que la facture (ou devis) détaillée est encore une exception. Nous reviendrons sur ce sujet dans différents articles, car il s’agit là d’un des moyens les plus simples de contrôler ses prestataires.

Malgré ce handicap majeur, nous avons recueilli 337 réponses complètes dont 297 exploitables ;

  • L’origine géographique des réponses reçues est la suivante :

    • Ile de France : 297 réponses dont

      • Paris : 101
      • Seine Saint Denis : 42
      • Hauts de Seine : 40
      • Essonne : 26
      • Yvelines : 20
      • Val d’Oise : 38
      • Seine et Marne : 5

    • Autres : 33 dont :

      • Nord Pas de Calais : 13
      • Pays de la Loire : 10
      • Centre : 10
      • Midi-Pyrénées : 9
      • Alsace : 8
      • Champagne-Ardenne : 8.

On le voit l’Île de France est surreprésentée, ce qui est normal puisque les autres grandes Régions (Rhône Alpes ; Paca ; Midi Pyrénées, Aquitaine) sont couvertes par d’autres associations membres de l’UNARC.

    III. La méthode d’exploitation

Notre méthode d’exploitation des résultats a été la suivante :

    • Nous avons, pour chaque corps de métier, écarté les prix les plus bas et les prix les plus hauts (les 20 % les plus bas et les 20 % les plus hauts) et n’avons gardé que les prix des 60 % de cas situés entre ces deux pôles.

    • En pratiquant ainsi nous avons donc écarté d’une part les prix qui sont souvent les prix très bien négociés par des adhérents collectifs syndics bénévoles (et de ce fait moins représentatifs des prix réels moyens) et d’autre part les abus les plus criants, notre objectif étant de trouver des " tendances " et non des moyennes arithmétiques.

Donc les prix que nous allons donner sont les prix situés dans la fourchette suivante :




0 20 % 80% 100 %

Exemple ; prenons dix tarifs horaires :

22, 25, 34, 34, 37, 37, 42, 48, 60, 70 Euros.

    • Nous laissons de côté les 20 % (deux) plus bas et les 20 % plus haut (deux aussi) ; restent les coûts suivants : 34, 35, 37, 38, 42, 48 Euros.

Dans ce cas nous dirons que nous avons une fourchette de prix allant de 34 à 48 Euros.

Maintenant que vous avez compris le principe, découvrez les résultats.

    IV. Les résultats en Ile de France

Les résultats en Ile de France sont les suivants :

    • Les artisans les plus raisonnables seraient, selon notre enquête les électriciens ;
    • Les entreprises les moins raisonnables (et de loin) seraient les ascensoristes.

Voici les résultats obtenus :

 

PRIX H.T 2003

PRIX TTC (TVA 5,5 %)

Électricien

Plombier et serrurier

Chauffagiste

Ascensoriste

De 30 à 35 Euros

De 38 à 43 Euros

De 45 à 52 Euros

De 65 à 85 Euros

De 31,65 à 36,92 Euros

De 40,09 à 45,36 Euros

De 47,47 à 50,33 Euros

De 68,57 à 89,67 Euros

    • Le résultat le plus notable est le coût horaire des ascensoristes, de deux à trois fois plus élevé que celui des électriciens.

    • Nous avions été alertés par certains adhérents et la " commission ascenseurs " de l’ARC de certains prix très élevés et de certaines évolutions inquiétantes des représentants de cette profession et avons donc bien la preuve maintenant que le phénomène est généralisé.

    • La situation est d’ailleurs tellement anormale (surtout dans un contexte d’obligation de travaux) que nous avons décidé de saisir la Direction Générale de la Répression des Fraudes.

      • Autre précision : en étudiant les prix par département au sein de l’Ile de France nous n’avons pas trouvé de différences significatives : cela est-il lié à l’échantillon ou au fait que, en Ile de France, les entreprises se déplacent beaucoup ? (N.B : on a des coûts un peu plus faibles en Seine et Marne, mais le nombre de réponses sur ce département a été trop restreint pour que nous en tirions un résultat significatif).

V - Comment interpréter ces résultats ?

On pourrait croire que le prix horaire est lié à la plus ou moins grande qualification du personnel ou à la plus au moins grande complexité du travail. En fait, nous pensons que cela joue très peu, la preuve étant que les électriciens sont des personnes très qualifiées et que - chez les ascensoristes - le prix horaire pour le changement d’une ampoule est le même que celui pratiqué pour changer une grosse pièce électro-mécanique !

Nous posons deux hypothèses cumulatives. Première hypothèse : les prix varient essentiellement en fonction de la taille de l’entreprise ; les artisans sont les moins chers et plus les entreprises sont grosses, plus les prix sont élevés.

Deuxième hypothèse : dans les secteurs où les travaux sont obligatoires, les prix " flambent ". Cela semblera peut-être étonnant à beaucoup ; mais nous avons maintenant un début de convergences statistiques.

Cela est inquiétant d’une part parce que de plus en plus de travaux sont obligatoires ; d’autre part parce que cela signifie que - dès qu’ils sont obligatoires - les travaux reviennent plus chers aux usagers. Il y aurait là de quoi méditer, pour les pouvoirs publics.

En ce qui concerne les ascensoristes, il n’est pas impossible - étant donné la concentration très forte dans ce secteur - qu’en plus joue un phénomène " d’entente " destinée à imposer des prix manifestement excessifs. Mais cela est évidemment le fruit de notre imagination bien connue.

    1. Les résultats en dehors de l’Ile de France
    2. Etant donné le faible nombre de réponses ailleurs qu’en Ile de France il faut être prudent.

      Néanmoins nous avons constaté que nous avions exactement le même profil de prix, les électriciens étant les moins chers, les ascensoristes les plus chers, etc.

      Par ailleurs en prenant la moyenne arithmétique des prix fournis, précisons que les tarifs observés se situent à moins 12 %. Ce résultat est cependant simplement indicatif.

    3. Un problème négligé
    4. Nous n’avions pas voulu (volontairement) faire porter l’enquête sur le prix forfaitaire de la " prise en charge " (ou " déplacement ") ceci pour ne pas compliquer le travail de nos adhérents ; nous avons néanmoins été alertés par de nombreux adhérents sur ce problème des frais de " prise en charge ", le prix - qui est selon nous très excessif - ayant tendance à tourner autour de 40 - 50 Euros, quelque soit - pour ce point - le corps de métier et la taille de l’entreprise.

       

    5. Que conclure ?
    6. Première conclusion : comme on l’a vu en introduction nous concluons d’abord de cette enquête qu’il reste difficile d’obtenir les prix horaires. Il est donc impératif (excusez-nous d’insister) d’obliger artisans, entreprises et syndics à respecter la réglementation sur ce point (à noter que beaucoup de petits artisans fournissent plus facilement leur prix horaire que les grandes entreprises, ce qui prouve bien que ce n’est pas parce que c’est plus compliqué que le détail n’est pas fourni).

      Deuxième conclusion : les amplitudes d’un corps de métier à l’autre sont non seulement très fortes mais ne se justifient nullement pour des raisons liées à la plus ou moins grande complexité du travail ou de la qualification.

      Cela signifie, à notre avis, qu’il y a une bonne marge de négociation (surtout chez les chauffagistes et les ascensoristes) ; ainsi ceux qui voudraient négocier les prix horaires à la baisse peuvent le faire, sachant que cette négociation n’empêchera pas les entreprises de vivre correctement.

      En ce qui concerne ces divers types d’entreprises nous avons d’ailleurs depuis peu confirmation que les petites entreprises pratiquent en général des prix 20 à 30 % moins élevés que ceux des grandes entreprises, ce qui fournit une idée de la marge de négociation.

      Nous sommes également revenus vers un certain nombre d’adhérents qui avaient répondu à notre enquête et dont les prix étaient bas et avons en confirmation que cela n’était pas le fait du hasard, mais le fait, de leur part, d’une recherche d’entreprises meilleur marché (tout en étant sérieuses) ou d’une négociation de leur part.

    7. Comment utiliser ces résultats pour vous-mêmes ?

  1. Repérez les abus
  2. Notre tableau doit d’abord vous permettre de repérer les abus manifestes. Dès que les prix sont situés en haut de la fourchette, c’est que vous êtes vraiment dans une situation d’abus. Réagissez très vite.

  3. Repérez vos marges de négociation
  4. Si les prix pratiqués ne sont pas manifestement abusifs, vous allez malgré tout pouvoir apprécier votre marge de manœuvre. Exemple : si votre chauffagiste vous prend 53 Euros de l’heure vous saurez que vous pouvez descendre facilement à 47 Euros (bas de la fourchette), voire même descendre à 40 Euros, prix de la première tranche.

    En fait, comme vous le constatez, vous avez en main les atouts pour négocier facilement des baisses de l’ordre de 10 à 20 % ! Si vous avez affaire à une grosse entreprise qui ne peut ou ne veut pas négocier, il suffira de trouver un artisan ou une moyenne entreprise qui fera forcément 20 % moins cher…

  5. Factures

Si vous n’avez pas encore de factures détaillées, ce sera l’occasion d’exiger le détail, en ayant l’œil autant sur le prix horaire que sur le nombre d’heures (certaines entreprises pour minimiser le prix horaire, préfèrent rajouter des heures et pratiquer un prix horaire plus faible).

Voilà donc en quelques pages le résultat de notre enquête. N’hésitez pas à nous adresser vos résultats pour 2004, ce qui nous permettra de donner une suite à ce travail et d’aider nos adhérents et visiteurs à y voir plus clair.

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