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Le Grenelle 2 à l’Assemblée Nationale et la Copropriété :
rien de bien nouveau (mai 2010)
L’Assemblée Nationale
a examiné au pas de charge la loi Grenelle 2, loi qui devait (soit disant) nous
permettre de relever les grands défis énergétiques
et écologiques.
Pour nous, le compte
n’y est pas vraiment.
I. Deux
modifications à la loi de 1965 acquises depuis
longtemps.
En fait, l’Assemblée
Nationale n’a, pour l’essentiel, fait qu’intégrer
ce qui était déjà acquis depuis longtemps (et
déjà voté par le sénat).
-
La majorité, pour voter les gros travaux
d’économie d’énergie (amortissables sur plus
de 10 ans) est abaissé (ce sera la majorité
de l’article 25 et non plus la double majorité).
-
Certains travaux sur parties privatives
(dès lors qu’ils ont des incidences sur les
consommations de chauffage)
pourront être décidés par l’assemblée
également à la majorité de l’article 25 ;
ce sont les travaux dits d’«intérêt collectif»
(exemple : changement de fenêtre).
Néanmoins la loi
prévoit que cela n’est possible que si des travaux
équivalents n’ont pas été effectués dans les
10 dernières années. Il faudra un décret pour
y voir plus clair.
II. La
substitution de l’audit énergétique au DPE pour
les copropriétés de plus de 20 lots.
On
note une seule vraie nouveauté : le fait
d’obliger les copropriétés de plus de 50 lots
principaux à effectuer un « audit énergétique » en lieu et
place du DPE (Diagnostic de Performance Énergétique)
collectif institué par le sénat.
Cette nouveauté
n’est pas négligeable (le DPE coûte cher et
ne sert À
RIEN) mais les députés l’ont un peu vidé
de son sens en instaurant un seuil élevé.
Nous espérons que la commission paritaire sénateurs-députés pourra abaisser
ce seuil.
III. Retour sur les répartiteurs de chaleur.
Enfin les députés
ont introduit dans la loi une phrase pour préciser
que la majorité requise pour poser des répartiteurs
de chaleur (le décret ne date QUE
de 1991…) était celle de l’article 25 ;
c’est à ce genre de détail qu’on mesure
le côté révolutionnaire du Grenelle 2…
Conclusion
« Beaucoup de bruit pour pas grand-chose ».
Nous sommes déçus
car le Grenelle 2 n’apporte, en effet, pas grand-chose.
Nous pensions que ce « défi économique
et écologique » serait l’occasion de voter
des dispositions pour sortir les copropriétés
de l’ornière en matière :
-
de plan pluriannuel et travaux (y compris
des travaux de rénovation énergétique)
-
de mise en place d’outils financiers
nouveaux
Rien de tout cela.
(Voir nos propositions :
« Éco-plan -
Éco-fond »).
Nous reviendrons
sur le sujet lorsque la commission paritaire
se sera réunie et que la loi sera définitivement
votée. Mais les derniers réglages ne se feront qu’à
la marge, malheureusement.
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Audit énergétique : une première victoire
Depuis un an le
« Chantier Copropriété » - co-piloté
par l’ARC et auquel participent les partenaires
de Planète Copropriété - tentait de faire passer dans la loi Grenelle
2 l’idée d’un audit
énergétique obligatoire pour les copropriétés
avec chauffage collectif, ceci en lieu et place
du simple DPE (Diagnostic de Performance Energétique)
collectif prévu par la loi.
Nous expliquions
que seul un AUDIT énergétique sérieux permettrait aux copropriétés d’y voir clair
(sur leur situation actuelle ; sur un programme
d’amélioration) et donc d’engager un vrai processus
de maîtrise énergétique, alors que le DPE-collectif
ne pouvait fournir - au mieux - qu’une « étiquette »énergétique.
« Entre un DPE apparemment bon marché mais inutile et un audit un peu plus
cher, nous préférons de loin l’audit »,
disions-nous sans être écoutés.
Après
bien des débats nous venons enfin d’obtenir
que les députés prennent en considération notre
demande et nous en sommes évidemment très satisfaits.
En effet, les députés
viennent d’accepter d‘introduire par voie d’amendement
dans l’article 3 du Grenelle 2 l’obligation d’audit énergétique en lieu et place du DPE-collectif
(amendement accepté par la
Commission de l’Assemblée Nationale).
Ne reste plus qu’à « négocier » le « seuil » d’application de cette disposition (c’est-à-dire
à partir de combien de lots principaux l’audit
sera obligatoire).
Ceci dit, il ne
suffit pas d’avoir réussi à imposer l’audit. Il faut maintenant
pouvoir imposer la réalisation de BONS
audits.
C’est pourquoi,
au-delà du principe même de l’audit (qui sera
forcément réalisé par de vrais spécialistes)
se pose le problème de savoir QUEL
type d’audit il faut promouvoir pour déclencher
des travaux de rénovation énergétique ambitieuse
au sein des copropriétés qui sont - comme
on le sait - des collectivités et des « maîtres d’ouvrage »
très particuliers.
C’est
ce que nous allons tenter de définir au cours
de notre colloque des 1er et 2 juillet qui devrait
marquer un tournant dans l’approche de l’audit
énergétique en copropriété.
Pendant ces deux
jours nous allons, en effet, tenter de comprendre
avec des ingénieurs, des architectes, des opérateurs,
des conseillers syndicaux, des syndics, des
représentants des collectivités territoriales :
- Comment
déclencher et préparer un audit complet.
- Comment
associer les différents volets : technique,
architectural, énergétique, socio-économique.
- Comment
et avec qui élaborer l’audit.
Tout cela nous permettra
de comprendre également pourquoi un bon audit
- réalisé dans certaines conditions - peut être
un véritable « déclencheur » de décision.
D’où l’importance,
pour tous ceux qui sont concernés par ces problèmes,
d’être présents au colloque les 1er
et 2 juillet pour échanger, discuter et mettre
en place les bases d’un « nouvel
audit » pour les copropriétés.
- La copropriété,
les CEE et la loi Grenelle 2 (mai 2010)
La
loi Grenelle 2 est peut-être en train de porter
un mauvais coup aux copropriétés, mauvais coup
qui est d’autant plus difficile à parer que
le problème est complexe.
Nous
allons essayer de l’expliquer simplement, mais
ce n’est pas facile.
I.
Retour sur les CEE (Certificats d’Economie d’Energie)
Depuis
quelques années la loi contraint les fournisseurs
d’énergie (qui profitent de la hausse des prix)
à participer aux baisses de consommation d’énergie.
Ils
sont pour cela obligés (on les appelle d’ailleurs « les
obligés ») :
-
soit de participer
aux économies (directement ou indirectement) ;
-
soit - s’ils
ne peuvent prouver qu’ils y ont participé -
à payer une taxe assez lourde.
Leurs
obligations sont fonction de leur chiffre d’affaire.
Pour
participer aux économies, ils ont deux possibilités :
-
soit faire eux-mêmes
des économies ;
-
soit racheter
à ceux qui ont fait des économies des Certificats
d’Economie d’Energie (appelés CEE) obtenus à
la suite de ces travaux.
Il
existe en effet un décret qui donne des équivalents :
si, par exemple, vous (votre copropriété) avez
fait une isolation de toiture cela signifie
que vous allez faire tant de kWh d’économie
(théoriquement), etc.
En
additionnant les économies théoriques induites
par les travaux, vous obtenez un chiffre d’économies
théoriques qui vous permet d’obtenir un Certificat
(dit Certificat d’Economie d’Energie).
Ce
certificat, vous pouvez tenter de le négocier
avec les « obligés », ce qui leur évitera
de payer des taxes.
II.
« Obligés »
et « éligibles »
Les
fournisseurs qui sont obligés de faire des économies
s’appellent, comme on a dit, des « obligés ».
Ceux
qui vont faire ou ont fait des travaux d’économie
et pensent obtenir des certificats et les vendre
s’appellent les « éligibles ».
Les
« éligibles » ont donc
des certificats
et vont s’adresser aux « obligés » pour négocier le meilleur prix.
III.
L’Assemblée Nationale et les copropriétés
Depuis
longtemps le Gouvernement voulait supprimer
aux copropriétés le statut d’« éligibles ». Pourquoi ?
Pour
restreindre le nombre d’éligibles et permettre
à d’autres « éligibles » de peser plus fort
et de négocier plus facilement leur CEE (exemple :
les collectivités territoriales).
Le
Sénat avait refusé de suivre le Gouvernement.
L’Assemblée nationale vient d’accepter, donc
de lâcher les « copropriétés ».
Cette
situation n’empêchera pas complètement les copropriétés
de « valoriser » leurs économies auprès
des « obligés » mais - comme nous l’expliquons dans la lettre adressée
aux rapporteurs de la loi - elle risque d’entraîner
une situation de dépendance vis-à-vis des fournisseurs
d’énergie et de biaiser la concurrence.
IV.
Une dernière chance : la Commission Paritaire
En
effet, la Commission Paritaire
Sénat/ Assemblée Nationale peut encore décider
de revenir sur cet abandon.
Voilà
pourquoi nous avons écrit à Monsieur BRAYE (rapporteur
de la loi pour le Sénat et, depuis peu, Président
de l’ANAH) et Monsieur PIRON (rapporteur de
la loi pour l’Assemblée Nationale) ; serons-nous
entendus ?
Nous
l’espérons, mais cela sera difficile :
a)
parce que
le sujet est complexe et que peu de personnes
comprennent les enjeux ;
b)
parce que
EDF et GDF - les principaux « obligés » - sont ravis de cette situation qui va permettre
de « placer » plus facilement leurs filiales et de garder captifs
de nombreux clients ;
c)
enfin parce
que - comme on l’a dit - cela va rendre plus
facile, pour ceux qui restent « éligibles », la négociation
de leur CEE et que parmi les « éligibles » il y a
des collectivités territoriales. Pas facile
d’être une copropriété...
Voici
la lettre adressée à Monsieur BRAYE (celle de
Monsieur PIRON est presque pareille à quelques
détails près) :
Monsieur Dominique BRAYE
Sénateur
SÉNAT
Palais du Luxembourg
15, rue de Vaugirard
75291 PARIS CEDEX 06
Paris, le 25 Mai 2010
Objet : Copropriété, CEE, Loi Grenelle 2.
Monsieur le Sénateur,
Comme vous le savez sans doute l’Assemblée Nationale - contrairement au
Sénat - a suivi (dans le cadre de la loi Grenelle
2) le vœu du Gouvernement concernant la situation
des syndicats de copropriétaires vis-à-vis des
C.E.E. (Certificats
d’Economies d’Energie).
Très précisément, l’Assemblée Nationale a supprimé la possibilité pour
les syndicats de copropriétaires d’être éligibles
aux C.E.E.
Concrètement, cela veut dire qu’en cas de rénovation énergétique, les
copropriétés ne pourront plus valoriser elles-mêmes
leurs travaux d’économie d’énergie en les transformant
en C.E.E. mais seront contraintes de passer
directement par les « obligés ».
En apparence, cela ne semble pas très important, mais dans les faits ce
changement va entraîner des modifications importantes
au détriment des copropriétés.
En effet, comme chacun sait, les « obligés » ont soit racheté soit créé de nombreuses sociétés
spécialisées dans la gestion du chauffage ainsi
que des sociétés de travaux d’efficacité énergétique.
Pour cette raison, la nouvelle donne législative - si elle se confirme
- va forcément introduire pour les syndicats
de copropriétaires à la fois des distorsions
de concurrence non souhaitables à tous les niveaux
(voir plus bas) et à la fois une plus grande
difficulté à négocier la vente de leurs économies
en kWh Cumac.
Nous craignons en effet ceci :
a) les sociétés d’efficacité énergétique ou de
travaux liées aux « obligés »
vont proposer aux copropriétés - pour emporter
les marchés de travaux et de prestations - de
racheter les kWh Cumac économisés à un bon prix ;
b) en contrepartie elles vont chercher à
obtenir la signature par les syndicats de copropriétaires
de contrats de prestations ET
de fourniture d’énergie sur des longues durées
ce qui - en définitif - peut s’avérer très peu
concurrentiel.
En somme, l’achat des kWh Cumac permettra de présenter en apparence un
bilan favorable bien qu’il crée une dépendance
défavorable économiquement dans la durée vis-à-vis
d’un fournisseur Et
d’un prestataire.
Par ailleurs, les syndicats de copropriété qui souhaiteront ne pas négocier
avec les « obligés » et leurs sociétés auront plus de mal à valoriser
leurs économies calculées en kWh Cumac. La conséquence
serait alors que les copropriétés seraient privées
d’une partie des financements nécessaires à
la mise en œuvre de leurs programmes de rénovation
énergétique, situation de nature à bloquer
ces programmes, alors même que la rénovation
énergétique des copropriétés est un ENJEU économique, écologique mais aussi
social.
Nous pensons que le Président de l’ANAH ne peut être insensible à cette
perspective.
Il est donc essentiel à nos
yeux :
-
de
favoriser la vraie concurrence ;
-
de
ne pas rendre les syndicats de copropriétaires
captifs des fournisseurs d’énergie et de leurs
filiales via les CEE ;
-
donc
de laisser aux copropriétés la possibilité de
négocier elles-mêmes (avec l’aide de sociétés
spécialisées, de leur syndic ou de leurs associations)
leurs C.E.E.
Nous vous demandons, en conséquence - ceci pour éviter que les fournisseurs
et leurs sociétés ne pèsent trop sur le marché
de l’efficacité énergétique sans contrepoids
- de
tout faire pour que la
Commission mixte paritaire
reprenne la position du Sénat qui avait - très
sagement - refuser de supprimer le statut d’éligible
des syndicats de copropriétaires.
Vous remerciant de l’attention portée à cette démarche et de la suite
que vous lui apporterez, je vous prie de d’agréer,
Monsieur le Sénateur, l’expression de mes salutations
distinguées.
Fernand CHAMPAVIER
Le Président »