I.
Introduction
Après avoir rencontré des centaines de personnes et étudier des centaines
de cas, nous avons acquis la conviction que
- pour déclencher et réussir une opération
d’amélioration thermique ambitieuse en copropriété
- il fallait satisfaire à quatre types de
conditions, ceci simultanément.
Le but de cette note est de préciser quelles sont - selon nous - ces conditions
et comment celles-ci doivent être mises en
œuvre pour être correctement satisfaites.
II. Les quatre conditions à satisfaire
simultanément
1.
La première condition est d’arriver à définir
un programme de travaux adapté à chaque
copropriété et qui soit établi en fonction :
-
de ses caractéristiques
techniques et de son état ;
-
de ses caractéristiques
thermiques ;
-
des caractéristiques
socio-économiques des copropriétaires.
On
verra que pour aider les copropriétés à remplir
correctement cette condition (« bonne
programmation des travaux »)
il faut mettre en place différents moyens de nature assez différente.
2.
La deuxième condition est d’arriver à monter
un vrai plan de financement associant
des aides et ressources de natures diverses
et complémentaires
Certes,
tout le monde a bien compris qu’il fallait
aider financièrement les copropriétaires et
des aides différentes ont été mises en place
pour cela. On constate cependant que ces efforts
restent insuffisants tant qu’on n’a pas aidé
les copropriétés à mettre en place des plans
de financement efficaces
associant des subventions, des aides, des
ressources diverses et complémentaires.
3.
La troisième condition est d’arriver - également
par différents moyens - à faciliter les
décisions collectives, voire - parfois
- à les imposer
Là
encore on ne parvient à atteindre cet objectif
qu’en mixant différents moyens.
4.
Enfin la quatrième condition est qu’il faut
« accompagner »
les copropriétés tout au long de l’opération
de rénovation thermique
Cet
accompagnement doit à la fois être multiforme
et approfondi pour être pleinement efficace.
Nous
allons maintenant revenir sur chacun de ces
points et les illustrer.
III.
Les différents moyens complémentaires nécessaires
pour assurer chaque condition
Chacune
des quatre conditions que nous venons de définir ne sera satisfaite pleinement
que si des moyens divers et nombreux sont
mis à contribution.
Naturellement,
la liste de ces différents moyens n’est pas
exhaustive mais simplement indicative et chacun
doit participer activement à en faire découvrir
ou en inventer d’autres.
Avant
de les passer en revue, précisons que nous
avons des moyens qui peuvent être de nature
différente : à savoir des incitations
et des obligations,
mais que pour parvenir à nos objectifs, nous
pensons qu’il est nécessaire d’associer des
moyens de type incitatif
et coercitif.
On
va donc voir que - contrairement à ce qu’on
pense souvent - incitation et coercition ne
sont pas exclusives l’une de l’autre mais
sont, au contraire, bien souvent complémentaires.
1. Première question : Comment obtenir une bonne programmation ?
Comment
faire pour que chaque copropriété sache QUOI
faire et selon quel calendrier approximatif,
condition indispensable pour enclencher un
processus de décision ?
Pour
cela il faut à la fois des dispositifs très
généraux et à la fois des dispositifs très
ciblés.
Voici
quelques idées :
a.
Elaborer
et mettre à la disposition de tous une typologie
des immeubles par date et procédé de construction
ainsi que la liste des préconisations adaptées
à chaque type (c’est ce qu’a fait l’Allemagne,
par exemple).
b.
Développer
la sensibilisation, l’implication et la formation
des organes de la copropriété (syndic-conseils
syndicaux) [c’est l’objectif, par exemple,
de la campagne « Un éco-bilan pour tous »].
c.
Favoriser
l’émergence d’un nouveau type d’« audit » technique et énergétique normalisé, impliquant :
-
des compétences
minimum et multiples des « auditeurs »
(se pose évidemment la nécessité d’un travail
commun « ingénieur »
- « architecte ») ;
-
une démarche
associant les organes de la copropriété (syndic-conseil
syndical) ;
-
une méthode ;
-
des résultats
présentés sous forme de scénarios, etc.
d.
Eviter
que les futurs DPE-collectifs (que nous appelons
« audits ») soient réalisés par
des gens insuffisamment formés.
e.
Envisager
d’inciter fortement voire d’obliger les copropriétés
à établir un audit technique complet des immeubles
puis à établir un éco-plan (ou plan pluriannuel
de travaux d’amélioration énergétique).
f.
Faciliter
par des prêts le financement des « audits », voire les subventionner.
g.
Aider (prêts,
subventions, crédits d’impôt) uniquement les
« programmes » réellement efficaces
en termes énergétiques.
On
le voit pour aider les copropriétés à bien
« programmer », c’est-à-dire à prévoir
des travaux efficaces il faut un panel de
moyens qui vont de la mise à disposition d’outils
très larges (typologie) à la mise en place
d’obligations minimum ciblées associées à
des aides financières.
A noter : avec ce qui précède nous rompons avec la logique du « bouquet »
de travaux ; celle-ci a été choisie
pour sa simplicité et sa « lisibilité », choix qui a sa logique.
Néanmoins la logique du « bouquet »
- adaptée à la maison individuelle - s’avère
incompatible, en Copropriété, avec la mise
place d’une vraie programmation cohérente
et globale.
Il nous faut rentrer dans une logique :
- de programme adapté ;
- de garantie de performance.
2. Deuxième question : Comment obtenir un bon plan de financement ?
Il
ne suffit pas d’aider financièrement les copropriétaires,
ce qui est pourtant indispensable : il
faut aider les copropriétés à avoir un bon
plan
de financement. Pour cela, il faut mixer :
-
les crédits
d’impôts ;
-
les prêts à
taux zéro individuels ou collectifs ;
-
les subventions
individuelles ou collectives ;
-
les fonds travaux
obligatoires ;
-
les plans d’épargne
collectifs (avec prime) ;
-
les certificats
d’économie d’énergie ;
-
les subventions
personnelles très sociales ;
-
la participation
des locataires ;
-
la garantie
de résultat (concernant les économies).
Certains
de ces moyens de financement existent déjà ;
d’autres sont à inventer ou à améliorer.
Il
faut aussi inventer de nouveaux « outils » de financement : par exemple utiliser le foncier
disponible pour créer de nouveaux mètres carrés
habitables, les revendre et financer ainsi
les opérations lourdes d’amélioration énergétiques.
Par
ailleurs il faut améliorer le préfinancement
des subventions. On ne peut, en effet, prévoir
des aides incitatives importantes et obliger
les ménages (surtout modestes) à préfinancer
eux-mêmes ces aides. Il y a là une contradiction
qui explique en partie les blocages à la rénovation
lourde.
Comme
on le voit il y a encore beaucoup de chemin
à parcourir. A noter que la mise au point
d’un bon « plan
de financement » va de paire
avec sa mise en œuvre : cela impliquera
une bonne relation avec les copropriétaires
pour mobiliser toutes les aides possibles
fonction des situations, mais aussi, éventuellement
une assistance à l’établissement de dossiers,
etc. (voir plus loin : quatrième question).
3.
Troisième question : Comment arriver
à obtenir des décisions collectives plus
facilement ?
- Il faut
d’abord, comme cela est désormais admis
par tous :
- abaisser
les majorités nécessaires pour voter les
travaux énergétiques en assemblée générale ;
- instaurer
la notion de « travaux sur parties privatives
d’intérêt collectif ».
Ce
sera l’objet de la loi Grenelle 2.
Mais
il faut, selon nous, aller encore plus loin,
par exemple :
- rendre obligatoire
l’élaboration d’un plan pluriannuel de travaux
énergétiques ;
- rendre obligatoire
les fonds travaux, comme en Hollande ou
au Québec ;
- créer une
fiscalité spécifique et une attractivité
pour les plans d’épargne des copropriétés
(à inventer).
- mettre en
place une garantie efficace en cas de prêt
collectif (donc assurer aux « bons payeurs »
qu’ils n’auront pas à assumer les défaillances
de certains) ;
- développer
les CPE (Contrats de Performance Energétique)
et le système du tiers investisseur.
- A noter
que « l’éco-taxe » serait
aussi un formidable « levier » à la prise de décision
[la décision serait prise pour échapper
à l’éco-taxe ; des cantons Suisses
sont d’ailleurs en train de mettre en place
une éco-taxe qui frappera les propriétaires
bailleurs qui n’auront pas engagé de programme
d’amélioration énergétique suffisant…].
Là
encore, il y a sans doute beaucoup d’autres
idées à imaginer.
4.
Quatrième question : Comment « accompagner »
efficacement les copropriétés ?
Accompagner
les copropriétés s’avère indispensable dès
qu’un programme d’amélioration est trop complexe.
Selon
nous, il faut :
- dans un
premier temps, inciter et aider les copropriétés
à établir un auto-bilan énergétique [type
BÉS, c'est-à-dire Bilan Energétique Simplifié]
- multiplier
les instances d’accompagnement indépendantes
type EIE (Espaces Information Energie) et
développer leur présence auprès des copropriétés ;
- valoriser,
voire financer, la fonction d’assistance
à maitre d’ouvrage qui a quatre dimensions :
- permettre
de contrôler les professionnels et de
donner un avis aux copropriétés ;
- assurer
les études de faisabilité socio-financière ;
- aider à
monter les dossiers de subventions ;
- mobiliser
le préfinancement, etc.
Une
réflexion sur cet « accompagnement »
doit avoir lieu avec les collectivités territoriales
qui jouent le rôle de pilote à forte valeur
ajoutée « sociale » mais aussi « économique »
(type Grenoble ou Paris).
Conclusion.
On
le voit il y a beaucoup de chemin à parcourir
pour être effectivement opératoire dans le
secteur de la copropriété dès lors que l’on
vise des opérations ambitieuses de rénovation
énergétique.
L’intérêt
est que - désormais - nous commençons à comprendre
de plus en plus précisément ce qu’il FAUT faire, comment le faire
et avec QUI.